Les Andes Méridionales


​du 04/12 au 17/12/17
13 jours - 1441 km



Le 04/12/17, après un passage des plus rapides à Cerro Castillo et dans le vent, où il faut courir après les feuilles qui s'envolent, nous revoilà à nouveau en Argentine.

Nous remontons vers El Calafate par la Ruta 40 qui sur une cinquantaine de kilomètres est en mauvais ripio, sans compter le vent qui semble-t-il va nous accompagner un bon moment. Nous sommes à nouveau dans la province occidentale de Santa Cruz et plus précisément dans les Andes Méridionales.

La Ruta 40, est la plus mythique des routes d'Argentine, traversant le pays du nord au sud depuis La Quiaca à la frontière bolivienne  jusqu'au Cap Virgenes au bord de l'Atlantique. Avec presque 5000km de route parfois encore en ripio, c'est la plus longue d'Argentine. Elle suit la Cordillère des Andes, traversant 20 Parcs nationaux, reliant 27 cols andins dont le Col d'Abra del Acay à 4895m, dans la province de Salta.





En fin de journée, nous arrivons enfin à El Calafate, au bord du Lago Argentino. D'emblée, cette petite ville touristique nous plaît. Nous trouvons un bon bivouac en plein centre et partons nous y balader. Après tant de temps passé loin de tout, cela fait du bien de retrouver un peu de civilisation. Bon le "peu" est peut-être mal approprié !!! Beaucoup de boutiques de souvenirs, de restos, de ...touristes !!! Mais, une chose des plus appréciables, ce sont ces rues claires et surtout très propres.





​Pourquoi tant de touristes à El Calafate ??? Parce que cette petite bourgade est la porte d’entrée d’un des plus beaux Parcs Nationaux d’Argentine, le Parque Nacional Los Glaciares, et qui figure au Patrimoine Mondial de l’Unesco. En effet, ici sont répertoriés plus de 350 glaciers, dont le plus spectaculaire, le Perito Moreno. C’est une aire protégée de 539 300 ha. Ce parc englobe deux grands lacs d’origine glaciaire et quelques autres plus réduits, sans oublier les mythiques montagnes Fitz Roy (3405 m) et Cerro Torre (3138 m).


Situé à 78 km d’El Calafate, le glacier Perito Moreno a la particularité, contrairement à ses voisins, de continuer à avancer régulièrement. Son front glaciaire de 5000 m de long pour 60 m de haut s’étend jusque dans le Lago Argentino. Avec une surface de 250 km² et une longueur de 30 km, il fait partie des 48 glaciers alimentés par le champ de glace sud de la Patagonie dans la Cordillère des Andes.






Le glacier avance en moyenne de 2 à 3 m par jour. Il arrive que la masse de glace atteigne la masse rocheuse de la pénisule de Magellan face à lui. Il finit par bloquer l'écoulement du Brazo Rico devenant ainsi un pont de glace. La pression devient telle que cela finit par briser cette digue naturelle. Ce phénomène, qui se produit environ tous les 4 ans s'appelle la rupture. La dernière ayant eu lieu en 2016, nous n'aurons pas la chance et le privilège d'assister à ce beau spectacle.





​Des passerelles sont aménagées afin d'approcher au plus près le géant de glace. Un vent glacial souffle et nous gèle le museau !!! Ici ça craque, ça gronde de toute part. Devant nos yeux ébahis, des blocs se détachent dans un assourdissant fracas !!! 





Au moment où nous écrivons ces lignes, cette rupture a eu lieu le 13 mars 2018, mais nous étions trop loin au Chili pour assister au spectacle. Merci internet pour la photo ci-dessous !!!







Ce glacier a été baptisé du nom de l’explorateur Francisco Moreno qui a étudié cette région au XIXe sans jamais voir le glacier qui porte son nom. Cet explorateur a joué un rôle important dans la défense du territoire argentin notamment au sujet de la délimitation de la frontière avec le Chili. A El Calafate, un musée en plein air, y retrace ses recherches et son histoire.







Après cette  visite des plus vivifiantes, nous décidons de reprendre la route afin d’arriver au plus vite à El Chaltén. En effet, la météo annonce plusieurs jours de vents violents que nous n’avons pas envie d’affronter. Une soixantaine de kilomètres avant El Chaltén, nous apercevons nos cyclistes bretons, toiles de tentes dépliées à l’écart du bitume, trop fatigués et surtout trop secoués par le vent pour continuer leur chemin !!! Nous nous donnons rendez-vous à El Chalten et poursuivons notre route.

​Il est bien tard quand nous atteignons enfin notre bivouac à l’entrée de la ville. Le Fitz Roy est dégagé pour nous souhaiter la bienvenue. Une chance, ici peu de vent, la nuit sera calme.








​El Chalten
, petit village de montagne, a vu sa notorioté s'amplifier avec les amateurs de randonnées, venu ici se frotter au géant de granit et aux glaciers environnants. Nous sommes toujours ici, dans le Parque Nacional Los Glaciares, dans la zona Lago Viedma.


​Il est désormais interdit de bivouaquer la nuit sur les parkings des départs de randonnées. Et nous n’avons pas trop envie de passer plusieurs jours dans un camping. Une seule solution s’offre à nous, le parking à l’entrée de la ville en face du centre d’information. Notre bivouac est idéalement situé, avec des aires de pique-nique, au calme et juste en face des guardaparques. 






​Il fait un temps superbe qui va durer plusieurs jours, nous permettant de faire de belles randonnées. La toute première, pour nous mettre en jambes, se fera au
Mirador Los Cóndores et Las Aguilas. De là, une vue panoramique sur le village et le Lago Viedma s’offre à nous et les condors sont bien présents.






​vue sur le Lago Viedma




​Comme si cette petite rando n'était pas suffisante !!! A peine revenus vers Frankiz, que nous repartons faire un tour au village.
El Chalten est vraiment "cool" avec ces petits hôtels, restaurants et autres boutiques. Tout ici est vraiment à taille humaine, sans rien de clinquant. Par contre, il ne faut pas compter y trouver de quoi faire un festin. Et surtout il faut s'y prendre à l'avance pour préparer un pique-nique de rando car les rayons sont vite dévalisés par tous les backpakers et les bouteilles d'eau potable sont une denrée rare et précieuse.






Pour notre première grande randonnée, c'est debout à 6H !!! Nous avons rendez-vous avec le Cerro Fitz Roy !!! pas moins de 9 km pour aller admirer le géant et tout autant pour revenir.

Il fait un peu frais au départ et le sentier est à l'ombre et plein vent ; mais bien vite nous allons retirer les couches comme des oignons. ça grimpe sec à travers la forêt puis nous continuons en terrain dégagé pour arriver au Mirador, notre première étape. On souffle un peu en admirant les montagnes aux noms bien familiers comme le Cerro Saint Exupéry ou encore le Cerro Mermoz.






Et c'est reparti encore plus loin et surtout encore plus haut. le long du chemin nous rencontrons, beaucoup de monde parfois comme nous bien équipés et souvent des inconscients avec seulement des tongs aux pieds (si, si, si !!!) et juste 1/2 litre d'eau pour 3. Et le pire que l'on ait vu c'est un homme en tongs avec un bébé de quelques mois dans les bras !!! Cela fait froid dans le dos quand on se rend compte de la difficulté du terrain.





Justement en parlant des  difficultés du terrain, le dernier tronçon est particulièrement coriace avec une jolie grimpette dans la rocaille de 400 m de dénivelé sur le dernier kilomètre. Après quelques centaines de mètres à faire les chèvres, nous sentons que nous commençons à atteindre nos limites ; pour en rajouter, le vent se lève et les nuages noircissent le ciel. Que faire ??? Continuer comme tous ceux que nous voyons devant nous, ou jouer la prudence et rebrousser chemin sans aller au pied du géant de granit qui nous surplombe et nous nargue ???






Il nous reste encore 9 km pour retrouver notre coquille et la fatigue se fait de plus en plus sentir, rendant le pied incertain, surtout pour Nadine. Alors on se dit que c'est déjà un bel exploit et que si on veut encore faire d'autres randos, il vaut mieux faire demi-tour et profiter au mieux du retour vers la base.

On décide tout de même de revenir par la Laguna Capri, et c'est là que l'on voit combien notre prudence a été la meilleure des conseillères, car derrière nous le Fitz Roy s'est chapeauté de gros nuages et il y pleut. On n'ose même pas imaginer comment vont redescendre les imprudents en tongs !!!

En tout cas, nous sommes très fiers de nous et c'est avec délice que nous retrouvons notre home, sweet home pour un repos bien mérité.






Afin de nous remettre de cette "petite escapade", nous décrétons à deux voix contre zéro, une journée de repos !!! Alors c'est balade en ville, petit resto et visite à nos cyclistes bretons qui se sont installés dans un camping au bord du rio. Nous y retrouvons aussi Marine et Arnaud que nous avions connus à Puerto Natales. Comme quoi cette Amérique du Sud n'est pas si grande que cela !!!

Ensuite c'est nettoyage de la coquille et surtout pour la première fois, nous nous attaquons au repositionnement de la cellule sur le porteur, car avec les pistes, la pauvre à tendance à se décaler de quelques centimètres et ne joint plus avec le toit de la cabine. Ce qui nous semblait devoir durer un sacré moment a été bouclé en 1/4 d'heure.

Du coup on se pose au soleil et que ne voit-on pas venir ??? Monsieur Tatou !!! Bon on vous l'avoue, nous l'attendions car nous savions par d'autres voyageurs, que ce discret petit terrassier aimait bien venir faire sa star parmi les véhicules. Pas timide pour deux sous l'animal !!!






Pour notre quatrième jour à El Chaten, il fait un temps splendide alors pour rester dans le rythme, nous enchainons par une petite balade de 11 km jusqu'à la cascade Chorillo de Salto. Le sentier offre de beaux points de vue sur la vallée et le rio de Las Vueltas. Le cadre de la cascade est sympa et la fraîcheur de l'eau est bien agréable et invite à la trempette !!! 

Le lendemain, en prévision de la prochaine grande rando, nous nous offrons une journée de repos. Pas de marche, mais séance coupe de cheveux et mise à jour du site. Cela tombe bien, le temps s'est couvert et invite au farniente.  Nous allons tout de même faire quelques courses afin d'avoir des fruits et légumes pour la rando du lendemain. Malheureusement les rayons sont vides, il n'y a même plus de bouteilles d'eau. Nous finissons tout de même par en dénicher une dans un petit kiosko. Sans elle, nous aurions dû annuler la sortie du lendemain.





​Pour notre dernier jour, il fait grand beau comme annoncé. A 8H, nous sommes dans les starkings blocs !!! C'est parti pour 9 km aller afin de rejoindre le Lago Torre. La balade est sympa et sans difficultés majeures ; ça nous va bien !!! Nous espérons surtout que le Cerro Torre restera découvert jusqu'à notre arrivée, car il a tendance à souvent se cacher dans la brume.

A l'arrivée, nous sommes récompensés de nos efforts par une vue superbe sur le Cerro Torre et le Glaciar Grande. Une bonne pause déjeuner, et nous voilà requinqués pour le trajet du retour.




​Un dernier regard sur le village avant le départ !



On a bien fait d'en profiter, car les jours suivants ne sont pas des plus enchanteurs !!!

Nous reprenons la route en direction du nord par la Ruta 40. Et là, franchement on en bave !!! Du vent comme jamais on n'en a vu ; du ripio, le pire qu'on a eu jusqu'à présent !!! Satanée Ruta 40 !!! On pousse notre coup de gueule sur facebook, râlant sur les voyageurs qui nous vantent toujours le beau.

A Gobernador Gregores, nous n'en pouvons plus et décidons de faire une pause. Toujours beaucoup de vent, alors on va en profiter pour faire les lessives et les courses et ensuite, oh miracle !!! On trouve un bivouac sympa au bord de l'eau, au calme et à l'abri du vent.






Le lendemain, ce n’est guère mieux !!! Plus de ripio mais toujours autant de vent. Nous mettrons deux jours pour rejoindre Bajo Caracoles à 230 km plus au nord. Après avoir failli nous renverser deux fois nous nous arrêtons à mi-chemin dans un hôtel restaurant au bord de la route, le temps de reprendre nos esprits. Nous y rencontrons des motards un peu fous qui nous conseillent ainsi que le patron des lieux de rester planqués à l'abri des murs de l'hôtel pendant la nuit, Le vent soit disant devant baisser en fin de nuit !!!


A 4H, le silence nous réveille, PLUS DE VENT !!! Vite branlebas de combat dans Frankiz, en moins de temps qu'il le faut pour l'écrire, nous sommes prêts à repartir. Nous qui avons pour règle première de ne jamais rouler la nuit, et bien cette fois-ci plus de règles , on fonce !!!

Nous arrivons à Bajo Caracoles à l'heure du café, heureux d'avoir joué un bon tour à ce sacré VIENTO !!! Il était temps, car rien de pire pour Jean-Paul que de commencer sa journée le ventre vide. Une fois le petit déjeuner avalé, nous sommes enfin requinqués pour aller visiter la Cueva de las Manos.





On atteint la Cueva de las Manos par une route caillouteuse jusqu’à la superbe Vallée du Rio Pinturas. Ce cours d'eau a traversé la steppe en formant des surplombs occupés par les hommes depuis dix mille ans. Ces occupants ont laissé en héritage, des peintures polychromes, d’hommes et de gibier qui nous éclairent sur la vie des chasseurs-cueilleurs dans cette région. Le site a été occupé pour la dernière fois il y a 700 ans par les ancêtres des Tehuelches. 









On accède aux grottes par un chemin escarpé qui surplombe la rivière à plus de 680m de hauteur. A notre arrivée, il fait un temps superbe et « calme ». Notre petit groupe est sympa et notre guide très intéressante, répondant clairement à toute nos questions. Jean-Paul,  alias Œil de Lynx, arrivera même à nous indiquer des condors nichés sur la falaise en face de nous. Grand moment et hourra de tous !!! 








La plupart des motifs, d’où le nom du site, sont des mains principalement gauche ; d’autres représentent des chasseurs, des guanacos, des nandous et autres animaux comme des batraciens. La datation des peintures a pu être réalisée grâce à des tube d’os qui servaient à pulvériser la peinture un peu comme une sarbacane en les tenant dans la main droite. Les peintures ont été faites avec des pigments minéraux naturels - oxydes de fer pour le rouge et le violet, le kaolin pour blanc, l'oxyde de manganèse pour le noir - broyé et mélangé avec un liant, dont la nature est inconnue.






Mais voilà, Monsieur Viento en a décidé autrement !!! Et c’est au pas de course que nous rebroussons chemin à la fin du sentier, nous cramponnant les uns aux autres sous les rafales à plus de 120 km/h (dixit la guide). Inutile de vous raconter le retour par la piste jusqu’à Bajo Caracoles où du coup nous passerons la nuit en attendant… les 4h du matin !!!






Une fois de plus nous sommes debout à l’aube. Le vent semble encore un peu endormi, alors on reprend la route. Cette petite accalmie sera de courte et nous soufflerons un peu en arrivant à Perito Moreno Ciudad. Après une courte pause en ville, nous filons à Los Antigos pour poser nos roues au bord du lac Buenos Aires. Nous pensions y rester plusieurs jours, mais la météo semble se dégrader, alors c’est décidé, on passe au Chili et surtout de l’autre côté de la cordillère. 

Nous passons le reste de la journée à nous balader dans la ville, décrétée capitale nationale de la cerise. C'est sûr, on ne peut pas l'oublier !!!





Le 17/12/17, nous quittons l'Argentine pour le Chili. Malgré ces derniers jours "bien secoués", nous avons passé de superbes moments dans les Andes Méridionales. Et maintenant nous allons nous frotter à la célèbre CARRETERA AUSTRALE !!!





La suite, c'est pour bientôt !!!