Le Mexique et ses villes coloniales





Après 16h de traversée à bord du San Guillermo, durant laquelle nous avons pu dormir dans notre coquille, nous arrivons en fin de matinée à Mazatlán. Dès notre entrée dans le chenal, petits et gros pilotes viennent nous accueillir et nous guider pour l'accostage à reculons. Là nous de pouvons qu'admirer le travail de tout le monde !!! Bravo Messieurs. Sur le quai, le comité d'accueil est près pour nous recevoir !!! Armés mais super sympas, les militaires sont surtout curieux de visiter Nono et de voir nos vélos. Après des Hola !!! et des Gracias !!! à profusion, nous partons à la conquête de la ville.

Notre circuit pour cette partie du Mexique va surtout se concentrer dans la découverte de ces magnifiques villes coloniales. De Zacatecas à Oxaraca en passant par Guadalajara, Guanajuato, San Miguel de Allende, Queretaro ou encore Puebla, nous allons partir à l'assaut des sommets car toutes ces merveilles de l'architecture espagnole allant du style gothique du XVIIe s. à celui du  XVIIIe s. plus rococo et ultra-baroque, le style churrigueresque du nom de l'architecte espagnol Churriguera, se situent entre 1800 et 2000 m d'altitude. Au passage dans cette partie du voyage, nous ne manquerons pas de visiter de beaux sites archéologiques comme Teotihuacan, Cholula ou encore Mitla.



arrivée au port de Mazatlan

petit mais efficace pour guider notre cargo
allez un peu d'aide, il faut tourner du cul !!!
notre comité d'accueil

​Mazatlán



La côte pacifique du Mexique est tout comme la Baja California une des destinations favorites de beaucoup de nord-américains. Mazatlán est le plus grand port de pêche de la cote Pacifique. Capitale de la pêche à la crevette,  cette ville est également réputée pour la pêche au thon et au marlin.

Avec sa côte parsemée d’îles paradisiaques, sa superbe promenade maritime, ses kilomètres de plages dorées et ses lagunes bleutées, Mazatlán fait pleinement honneur à son surnom, « La Perle du Pacifique ». Tout le long de la promenade maritime "Zona Dorada" s'égrainent de grands complexes hôteliers et de nombreuses petites échopes de souvenirs. Pour notre part, nous avons préféré la Playa del Norte au nord de la promenade, avec ses pêcheurs qui au retour de la pêche vous préparent de jolis filets de poissons.



Zona Dorada
Playa del Norte



Le centre historique reste authentique avec ses vieux hôtels joliment restaurés, sa Place de la Révolution, l'église del Merced, son marché couvert où il fait bon manger des tacos et autres spécialités locales dans les fameux puestos, sans oublier ses multiples ruelles étroites et colorées.



visite du Mercado Pino Suarez

au hazard du centre historique
la Place de la Révolution


Pour rejoindre Zacatecas depuis Mazatlán il nous faut tout d'abord, rejoindre Durango en traversant la Sierra de Los Frailès. La "rota libra" étant très escarpée et difficile en camping-car, nous décidons d'emprunter la nouvelle "autopista" certes moins panoramique mais beaucoup plus rapide. Arrivés à Durango, les nouvelles alarmistes et le déploiement des forces militaires et policières suite à l'arrestation d'El Chapo, le chef redouté d'un des plus grands cartels de la drogue, nous incitent à ne pas poursuivre jusqu'à Zacatecas par les montagnes, souvent le siège des narcotrafiquants. Nous allons donc changer notre programme en faisant demi-tour et longer la côte pacifique jusqu'à Manzanillo pour remonter ensuite vers Guadalajara, laissant ainsi un peu de temps à tout ce petit monde de se calmer. Enfin on l'espère !!!




​de Mazatlán à Puerto Vallarta



Avant de quitter le Sinaloa nous faisons un détour dans la Laguna del Caimanero. La route, pleine d'ornières, traverse des villages où la vie est bien difficile. Notre "beau Nono" n'attire pas que sourires et saluts. Ici on travaille six jours par semaine dans les champs ou les usines de désalinisation de l'eau de mer. Les plages sont superbes mais jonchées de détritus. Nous trouvons néanmoins un bivouac sympa à Caimanero avec superbe coucher de soleil et dauphins surfant sur les vagues à quelques brasses du bord de mer. Notre balade dans la lagune sera surtout pour nous une bonne partie de rigolade lorsque nous y croiserons un troupeau de vaches "lapins" (sic. JP). En effet, avec leurs grandes oreilles, elles nous font plus penser à ces mignons lapins angoras que nous voyons dans les animaleries. Malheureusement les pauvres bêtes sont bien efflanquées car la nourriture ici est rare. En quittant la lagune, nous faisons une escale à El Rosario afin d'y faire le plein de provisions et aussi nous connecter à internet pour rassurer notre famille qui depuis notre passage de la frontière s'inquiète un peu. Nous sommes samedi et les familles se retrouvent autour de la place de l'église.





Sur la route qui mène à San Blas, nous retrouvons un couple d'allemands que nous avions connus à El Tecoloté. Ils se rendent à un camping, dans la Lagune de Miramar, quelques kilomètres après San Blas et nous invitent à les y retrouver. Le camping fait partie de l'Hôtel Paraiso Miramar, juste en bord de mer. Quand nous y parvenons, il fait déjà bien nuit.

​Nos amis ne sont pas là, mais nous sommes accueillis par d'autres allemands en camping-car, installés ici depuis plusieurs jours. Au matin, nous découvrons un ravissant coin de paradis sous les cocotiers, avec restaurant, terrasses ombragées, palapas et piscine. Cela faisait longtemps que nous n'avions pas eu autant de luxe !!! Nous y sommes si bien que nous allons y rester 3 jours. La lagune est immense et possède une grande mangrove, qu'il est possible de sillonner en lanchas. Durant plusieurs heures, nous allons, en compagnie de nos joyeux allemands, pouvoir observer la faune et la flore que recèlent ces marais.







La route qui mène à Puerto Vallarta, traverse des villages au milieu d'une végétation abondante. On y trouve surtout des plantations de bananiers mais aussi de yakas, un fruit énorme qui a la particularité, d'après les autochtones d'être aphrodisiaque. Ce que nous aimons le plus c'est quitter la voie directe, pour lézarder le temps d'une pause déjeuner dans de charmants petits villages, comme à Lo Marcos, au bord de la mer. Entre les enfants qui se rendent à l'école, ou les anciens qui se reposent à l'ombre, les marchands de légumes nous saluent. Ici les gringos sont les bienvenus. Il faut dire que dans cette région, beaucoup de québécois viennent chercher le soleil et la chaleur qui leur font défaut l'hiver. Et une fois n'est pas coutume, ils nous interpellent très curieux de notre voyage. Nous ne sommes pas mécontents de pouvoir parfois parler français autrement qu'entre nous deux.




​Puerto Vallarta


En 1963, John Huston, amoureux de cette ville depuis plus 30 ans, y tourne le film "La nuit de l'iguane", révélant au monde l'existence de ce qui n'était à l'époque qu'un village de pêcheurs d'à peine 2000 âmes. Les stars s'y pressent, puis s'ensuit ce que l'on connaît aujourd'hui, une des villes les plus touristiques du Mexique. Chaque jour, jets privés et gros transats sillonnent le ciel et viennent déverser leurs flots de touristes nord-américains avides de chaleur.

La ville est séparée en deux avec d'un côté les golfs, marina et résidences de luxes, et de l'autre les quartiers populaires qui grimpent à l'assaut des collines qui surplombent la mer. Et pour rejoindre le tout, le Malecòn, immense "promenade des anglais" avec ses boutiques de souvenirs et d'artisanat local, ses restaurants et ses artistes de rues. 



vue sur la baie - côté hôtelier
le centre historique vue depuis la plage

la cathédrale de la Guadalupe
en grimpant dans les vieux quartiers

vestiges de l'architecture espagnole
résidence de luxe - La Marina





Cette région du Mexique est connue pour son artisanat Huichol, qui est constitué d'objets en bois recouverts de perles de couleur. Mais Puerto Vallarta est surtout renommé pour son carnaval du "Dia de los muertos" qui comme son nom l'indique a lieu le jour de la Toussaint. Cette fête très populaire au Mexique date de l'époque préhispanique ; dans chaque foyer il est installé un hôtel richement décoré avec des objets ayant appartenu aux défuns. Dans les rues a lieu un immense défilé des muertos et ensuite les gens vont au cimetière pique-niquer et chanter sur les pierres tombales. Tout comme pour La Paz et Mazatlan, nous avons craqué pour cette ville. Nous passons nous journées à découvrir la vieille ville et le soir nous rejoingnons les rues résidentielles de la Marina, beaucoup plus calmes et sécurisées.


l'art huichol
los Muertos


​La Manzanilla



Ce petit village bien anodin, juste avant Manzanillo, ne l'est pas tant que cela pour nous. Il nous a été donné d'en entendre parler la première fois en lisant les aventures de la famille Tsagalos autour du monde et nous nous étions promis d'y passer lors de notre périple au Mexique. Si la lagune avec les crocodiles et la plage de sable blanc sont toujours là, il n'en est plus rien pour les bivouacs libres sous les cocotiers. Les terrains de camping se succèdent le long de la baie et les retraités canadiens ont investi les lieux. Qu'importe le village a su garder son authenticité et c'est en plein centre proche de l'église que nous posons notre coquille quelques jours afin de prendre un peu de repos et nous baigner une dernière fois avant d'attaquer la conquête des villes coloniales à l'intérieur des terres.




​Ajijic



La route qui mène à Guadalajara grimpe dans les montagnes et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, nous nous retrouvons à plus de 1800 m d'altitude. Si la température reste encore bien élevée la journée avec ses 35°, dès le soir venu, la fraîcheur tombe, nous offrant un sommeil plus serein. Ne voulant pas arriver un week-end à Guadalajara, nous décidons de faire un détour par Ajijic, sur les rives du Lac Chapala. Là encore beaucoup de retraités nord-américains venus chercher un peu de chaleur pour les vieux os. Et on les comprend, ce petit village a des airs de Provence avec ses parcs ombragés et la promenade le long du lac leur offrant l'occasion de marcher au soleil couchant. Mais ce n'est pas tout, les maisons du centre-ville rivalisent de couleurs et de décorations. Sur la place centrale touristes et locaux se retrouvent aux terrasses des cafés et le samedi soir les  jeunes  viennent au bord du lac pour faire la fête en musique. Ayant trouvé un bivouac sur la promenade du lac, nous craignions de ne pouvoir dormir le samedi soir, mais comme par miracle, à 22h tout s'est arrêté nous laissant seuls dans le plus grand calme. Les mexicains seraient-ils civilisés par ici ??? Il faut dire que la police tourne et veille à ce qu'il n'y ait pas de débordements.





​Guadalajara



Située à 1600 m d'altitude, Guadalajara, capitale de l'Etat de Jalisco, avec son agglomération comptant plus de 4 millions d'habitants, est la deuxième ville du pays après Mexico. Pôle économique et culturel de l'ouest du Mexique, importante ville universitaire, elle est aussi considérée comme la Silicon Valley mexicaine. Le mot Guadalajara provient du vocabulaire arabe "Wad-al-hidjara" qui signifie "fleuve qui court entre les pierres". Le Conquistador Nuño Beltrán de Guzmán baptisa ainsi cette terre le 27 mai 1824 lorsqu'il lui conféra le titre de Capitale de l'Etat de Jalisco, en souvenir de sa ville natale du même nom, située en Espagne.

Mais Guada, comme la nomme les mexicains présente beaucoup d'autres attraits : surnommée la Perla del Occidente, jouissant d'un climat tempéré, elle possède un important patrimoine historique et architectural de style colonial. De nombreux artistes y ont laissé leur empreinte, dont le plus célèbre José Clemente Orozco, qui a peint de nombreuses fresques murales, notamment celles du Palacio de Gobierno, du Teatro Degollado et de l'Hospicio Cabañas. Toutes ces fresques relatent le combat de Miguel Hidalgo, initiateur de la révolution mexicaine et abolitionniste de l'esclavage au Mexique.




Palacio Municipal

Palacio de Gobierno
Plaza de Armas 
Teatro Degollado

Hospicio de Cabañas devenu Instituto Cultural Cabañas
la Chapelle de l'Hospicio et ses 53 fresques d'Orozco



Nous redoutions de visiter cette grande métropole et surtout d'y trouver un bivouac, à la fois proche du centre historique et ombragé afin de pouvoir laisser Sylia au frais durant nos échappées en ville. Mais depuis les Etats-Unis, nous avons pris l'habitude de tourner un peu afin de repérer les parcs où quartiers résidentiels, souvent surveillés. Nous trouverons notre bonheur non loin de la Plaza Mexico : un petit parc ombragé dans un quartier calme et surveillé pour la promener, des commerces tout proches pour le ravitaillement, et les bus réguliers pour nous emmener dans le centre-ville.

Vêtus de beaux T-Shirts où l'on affiche nos couleurs, nous débarquons place la Cathédrale. Devant la Rotonde des Hommes Illustres, nous sommes interpellés par deux jeunes filles dans un français hésitant. Elles préparent un exposé vidéo en français sur les différents monuments de la ville et nous demandent de les corriger. Et c'est ainsi que l'on se retrouve assis à l'ombre des grands hommes pour un cours de français improvisé. Autant dire que nous en sommes amusés et surtout très contents d'avoir eu cette bonne idée d'avoir taguer un énorme "FRANCIA" dans notre dos.



Cathédrale Basilique de l'Assomption de Marie 
fresque ornant le dôme de la salle du congrès du Palacio de Gobierno

cours de français en plein air !!!

Viva Francia !!!


​Guanajuato



"Toujours plus haut !!!" va être notre devise durant les jours à venir. Située à 2000 m d'altitude, la capitale de l'État de Guanajuato, inscrite au Patrimoine de l'Humanité par l'UNESCO, est une ville fascinante. Fondée en 1559,  de l'époque coloniale située dans une vallée pittoresque, au cœur des montagnes de la Sierra de Guanajuato, elle est surnommée « la colline des grenouilles » car ses premiers habitants comparèrent la forme de son terrain montagneux à celle d'une grenouille. Après la découverte de gisements d'argent au XVII s. Guanajuato devient le plus important centre minier au monde à l'époque coloniale. Aujourd'hui la ville est surtout réputée pour son université (excellence en droit et matières artistiques) et son centre de recherche en mathématiques. Cette université, qui fut construit en 1950 sur les ruines d'un hospice se fond parfaitement dans le paysage malgré son imposante architecture néoclassique.






Universidad de Guanajuato

la Giganta
Basilica N.S. de Guanajuato
Teatro Juàrez




Mais Guanajuato c'est surtout une ville haute en couleurs, aux ruelles si étroites que l'on peut s'y embrasser d'un balcon à l'autre. C'est aussi un vrai casse-tête pour celui qui ose s'y engager en voiture, car les routes ici disparaissent dans un sous-sol au dessin labyrinthique, où seuls les habitués et les fous osent s'aventurer. Pour notre part, nous choisirons de stationner sur le parking de l'Hôtel Real de Minas à l'entrée de la ville. Que se soit à l'aube ou au crépuscule, le soleil rasant donne à la ville des couleurs qui nous rappellent fortement certaines villes du Maroc. Autant dire un vrai régal pour nous.



​San Miguel de Allende



S'il y a une ville qui ne nous laissera pas un souvenir immuable, c'est bien San Miguel de Allende. Ici tout n'est que restaurants, galeries d'arts et magasins de souvenirs. Seuls peut-être les vieux gringos aux faux airs hippies qui ont posé leurs baskets usées et décolorées ici, nous feront sourire. Le soir le Zocalo est envahi par les familles et touristes venus écouter des groupes de Mariachis en dégustant une glace.  

Mais ne soyons pas totalement négatifs, nous apprécierons tout de même déambuler dans ses rues pavées de grandes dalles et jouer les bons touristes profitant de la fraîcheur du soir pour nous aussi aller déguster une glace autour du Zocalo. La ville garde tout de même de beaux restes de l'époque coloniale et certains monuments comme le couvent de la Concepción, devenu le centre culturel El Nigromente ont su allier art ancien et moderne pour le plus grand plaisir de nos yeux.


Place du Zocalo

la Cathédrale
le patio du centre culturel El Nigromante
effet de perspective sous les voûtes du couvent


​Queretaro



Située à 220 kms au nord de Mexico, Queretaro est sans conteste la destination préférée des mexicains cherchant à fuir le week-end, la folie de la capitale. Son centre historique, inscrit au Patrimoine Mondial l'Unesco, est riche en architecture coloniale mais aussi abrite bon nombre d'édifices religieux à l'art churrigueresque, dont le plus bel exemple reste le Temple Santa Clara

​Queretaro représente une place importante dans la révolution mexicaine. En effet, c'est ici que Joséfa Ortiz (la Corregidora), femme du gouverneur, informa les leaders qui préparaient l'insurrection de 1810 de leur arrestation imminente. 



le Temple Santa Clara de Jesus

La Casa de la Marquesa
hommage aux indiens Chichimeca

Monument dédié à la Corregidora




Tout en étant une ville importante avec ses 600.000 habitants, elle respire la sérénité avec ses parcs ombragés, ses ruelles colorées et ses restaurants de quartiers. c'est ici que nous allons découvrir une des spécialités mexicaines : les gorditas (les petites grosses !!!), une galette épaisse nature ou fourrée au fromage, que l'on garnit de l'accompagnement de son choix. Un vrai régal !!!! 

Avec ses 74 arches sur 1280 m de long, difficile d'éviter le gigantesque aqueduc de Queretato. Il fut construit au XVIIIe s. par un homme qui tomba fou amoureux d'une nonne du couvent  Santa Cruz, qui comme preuve de son amour, lui demanda de construire un aqueduc permettant d'alimenter la ville en eau potable. Nous ne savons pas la fin de l'histoire mais toujours est-il que le chantier dura 9 ans.



Jardin Zenea et vue sur la Cathédrale

une institution gastronomique !!!

l'Aqueduc
au détour d'un quartier populaire


​Teotihuacan



Pour notre première cité Aztèque, nous n'avons pas choisi la moindre. Ville importante du monde méso-américain, Teotihuacan était le centre idéologique, économique et religieux de la région entre l'an 150 et 450. Cette cité, construite selon un axe nord-sud autour de la chaussée des morts, voit d'abord se dresser la pyramide du Soleil et puis celle de la Lune. Viendra ensuite la pyramide du Serpent à plumes. Vers l'an 250, elle couvre 20 km2 et compte 50.000 habitants. 

Teotihuacan s'éteint subitement entre le VIIet le VIIIe s. sans que personne aujourd'hui ne sache vraiment pourquoi : baisse des ressources et crise économique, invasion de barbares venus du nord ? la raison la plus vraisemblable, selon les archéologues, serait une révolution sociale contre le pouvoir en place, car les principaux monuments, symbole du pouvoir, ont été brûlés. La ville est abandonnée et peu à peu une épaisse couche de terre la recouvre à telle point que Cortés et ses troupes passent à côté sans en soupçonner l'existence. Les premières fouilles ont commencé en 1864 et aujourd'hui encore seule  une petite partie de la ville a été mise à jour.

Teotihuacan reste pour les Aztèques, un important lieu de pèlerinage, surtout pour l'équinoxe de printemps, le 21 mars. Ce jour-là, une grande cérémonie avec danseurs en costumes traditionnels, se déroule durant plusieurs heures au pied de la pyramide du Soleil, et  la foule tout de blanc vêtue, grimpe à l'assaut du lieu sacré, pour vénérer le Dieu Soleil. 




Teotihuacan n'est seulement qu'à 50 kms au nord-est de Mexico et un service de bus régulier permet facilement de gagner la capitale en 45 mn. Mexico n'était pas prévu dans notre voyage, non seulement par l'impossibilité de s'y rendre en camping-car mais aussi par sa mauvaise réputation. Mais voilà, les plans de voyages se font et se défont et c'est cela qui nous plait. Le camping-car est bien gardé au camping et notre bonne Sylia est à l'ombre, alors pourquoi ne pas aller à Mexico ???




Mexico





En arrivant dans la périphérie de Mexico, nous sommes frappés de plein fouet par son gigantisme, et pour cause la ville est la plus grande agglomération du monde, en perpétuelle compétition avec Tokyo et São Paulo. Les maisons ont pris d'assaut la moindre parcelle de terre des collines avoisinantes. Les voitures se croisent dans les ruelles à grand coups de klaxons, s'invectivant à qui mieux mieux. Arrivés à la Centrale del Norte, grande gare routière et terminal des bus de province, nous sautons dans un trolley bus afin de rejoindre le centre historique. Nous sommes dimanche et soudain nous constatons un changement radical de la circulation. En effet chaque fin de semaine, les rues principales sont interdites au voitures et autres engins motorisés. Ce jour-là, seuls les piétons, rollers ou cyclistes peuvent circuler sur les grandes avenues. 

Ne passant qu'un seul jour à mexico, nous décidons de prendre le bus touristique pour en avoir un aperçu plus large. Celui-ci s'avèrera décevant, d'une part par le circuit emprunté qui ne montre pas grand-chose de la ville, mais aussi parce que le bus circule continuellement dans des rues où les branches sont basses et nous passons plus de temps la tête entre les genoux pour les éviter qu'à voir les divers points d'intérêt. 

La majeure partie des grands monuments se trouvent bien sûr autour du Zocalo et comme pour les autres villes coloniales, il est possible de les visiter gratuitement. Il y a beaucoup de monde en ce dimanche de printemps, les mexicains profitant de leur jour de congés pour venir se promener et visiter comme nous la capitale.



La Bourse
Le Palais National

La cour intérieure du Palais National
fresque racontant l'histoire du pays (Palais National)




Mexico fut longtemps capitale de l'Empire Aztèque, sous le nom Tenochtitlàn. Vers 1519, la ville est rasée par Cortés et les pierres des pyramides servent à construire les édifices coloniaux.  Durant longtemps, , les archéologues pensèrent que le Templo Mayor se trouvait sous la cathédrale. En 1900 un canal d'égout fut percé à travers les ruines préhispaniques sans que personne ne se doute que l'on été en train de perforer la grande pyramide de Tenochtitlàn. En 1978, un terrassier, d'un banal coup de pioche, mit à jour une sculpture aztèque "le monolithe de Coyolxauhqui". Aujourd'hui, le Templo Mayor apparaît comme surgi de terre entre le Palais National et la cathédrale. La meilleure vue sur le site se situe depuis la terrasse du café El Mayor Deli. Et c'est là loin de la foule et du bruit que nous ferons une agréable pause déjeuner avec le Templo Mayor et le Zocalo en toile de fond.

Mexico est peut-être la plus grande ville du monde, mais ce n'est certainement pas la plus belle. Si les divers quartiers sont largement arborés (nous avons pu le constater du sommet du bus touristique !!!) il n'en est rien de son centre historique et son Zocalo qui manque bigrement de chaleur et de verdure. Peut-être n'avons-nous pas choisi le bon jour pour venir dans la capitale, mais y a-t'il réellement un jour favorable pour visiter Mexico ??? En tout cas c'est avec ce sentiment mitigé que nous sommes contents de retrouver notre coquille et notre bonne mémère.

Après cette journée épuisante, nous décidons de nous poser encore une journée à Teotihuacan, afin d'y faire les lessives et quelques courses avant de reprendre la route. En effet, nous avons encore quelques kilomètres à parcourir avant de rejoindre le Pacifique à Salina Cruz, et surtout encore de belles villes à visiter comme Puebla notre prochaine étape.



Le Palacio de Gobierno
La casa de los Azulejos

La Cathédrale
Le Templo Mayor


Cholula


Puebla, 4ème plus grande ville du pays, n'est pas vraiment faite pour accueillir des voyageurs comme nous. Par contre Cholula, ancienne cité aztèque située à seulement 10 kms de Puebla, offre une étape de premier choix, avec ses maisons colorées et son petit Zocalo. Le camping est un peu excentré mais c'est pour nous une excellente raison pour sortir les vélos qui commencent un peu à trop prendre la poussière !!!
 
Habitée depuis plus de 3000 ans, Cholula "l'indienne" fut un important centre de pèlerinage précolombien et un grand carrefour commercial qui peu à peu s'éclipsa au profit de Puebla "l'espagnole". Avec le temps la terre et la végétation recouvrirent sa grande pyramide, et Cortéz se chargea de détruire les autres pour les remplacer par des églises.
 
La pyramide de Cholula est la plus grande du Mexique, mais malheureusement enfouie sous une colline, on ne la visite que par un réseau de tunnels. Elle était surmontée par un temple toltèque que Cortés fit raser pour le remplacer par une église sans se douter qu'il était au sommet d'une pyramide. Aujourd'hui autour de la "colline", des vestiges de l'ancienne cité ont été mis à jour. Du parvis de l'église, on a une vue à 360° sur la plaine environnante et par beau temps on peut apercevoir des volcans : L'Ixtaccihuatl (la femme endormie), la Malinche (celle à la robe bleue) et le Popocatépetl qui lui est encore en éruption. Le temps est brumeux, donc difficile de faire des photos correctes, mais nous pourrons tout de même admirer son panache de fumée - assez impressionnant !!!


Nuestra Señora de Los Remedios

vue sur la ville et le Convento de San Gabriel
le volcan Popocatépetl


​Puebla



Depuis notre bivouac au camping de Cholula, situé à une dizaine de kilomètres de Puebla, il est assez aisé de se rendre au centre historique en empruntant les bus collectivo. 

Fondée en 1531 sous le nom de Puebla de los Angeles, cette ville possède un centre historique d'architecture espagnole baroque par excellence, très bien restauré. Les murs aux couleurs pastelles lui confèrent une ambiance douce et un peu olé-olé avec ses céramiques colorées et parfois osées, les talaveras qui ornent les façades de nombreux édifices. Classée au Patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco, elle offre aux visiteurs, l'espace d'une journée, une agréable balade au travers de ses rues piétonnes et ombragées, laissant découvrir de ci de là ses églises, ses somptueux musées comme celui de la Biblioteca Palafoxiana (notre préféré) ou encore le Museo Ampero (arts préhispaniques du Mexique). 

La spécialité culinaire de Puebla est aussi baroque que son architecture. Le mole poblano, une sauce au cacao relevée de différents piments, amandes, cacahuètes et autres aromates, accompagne des morceaux de viande, principalement du poulet. Malheureusement les prix exorbitants pratiqués par les restaurants nous ont vite stoppés dans notre envie d'y goûter. Nous avons préféré nous enfiler comme toujours dans les quartiers populaires loin de la foule touristique, afin d'y dégoter un petit restaurant familial pour y déjeuner simplement d'une soupe et de tacos maison.

Nous profiterons aussi de cette belle journée pour aller visiter la Maison Uriarte fondée en 1824, afin d'y découvrir l'histoire et la fabrique des talaveras, nom mexicain, donné aux azulejos. Car c'est en fait d'une petite ville proche de Tolède, que la technique a été importée lors de la conquête espagnole. A la différence d'autres céramiques, seules six couleurs d'origine minérale, sont utilisées : noir, jaune, vert, orange, bleu pâle et bleu colonial. 



la cathédrale depuis le Zocalo

le cathédrale depuis le Zocalo

la Casa de los Muñecos


​Oaxaca

Nous sommes ici dans ce qu’on peut appeler la dernière ligne droite de notre visite des villes coloniales. Certes, il y a au Mexique, encore de bien belles cités à découvrir et nous adorons les villes, mais il faut faire un choix car les jours passent vite et les visas ne sont pas extensibles. De plus cela fait bientôt un mois que nous sommes entre 1500 et 2500 m d'altitude, les journées commencent à être bien chaudes et nous aspirons à retrouver la mer. Ah, ces bretons !!! S’ils ne trempent pas régulièrement dans l'eau salée, ils se dessèchent !!!
 
 
Oaxaca, enchâssée dans son écrin de montagnes est située à 1500 m d'altitude et 500 kms au sud de Mexico. Elle est le berceau d'une des plus vieilles civilisations préhispaniques, celle des zapotèques. Ce qui la différencie des autres villes que nous avons visitées jusqu'à présent, c'est son architecture aux maisons basses dont les façades peintes de couleurs vives. On y découvre, au gré de la balade, des ruelles étroites et des patios ombragés qui lui donnent un petit air provençal. Il ne lui manque que la mer pour se croire à Collioure.
 
 
Proche de ses racines indiennes, la région de Oaxaca demeure un haut lieu de la contestation, preuve en est les manifestants installés depuis plus de 60 jours sous les arcades du Palais de Gobierno et tout autour du Zocalo. Ici on demande justice : la démission de certains responsables corrompus ou encore la libération d'autres injustement emprisonnés. Par la force des choses, les familles la vie s'organise dans ce centre historique :des cantines ont été installées et les femmes préparent le repas pendant que les enfants travaillent pour recolter l'argent nécessaire à faire bouillir la marmite, tout comme ce petit garçon d'à peine 7 ans qui voyant notre fille sur l'écran de notre tablette (nous profitions d'une connexion pour skyper !!!) a essayé de lui vendre un collier. Le pauvre bambin ne voyant rien de virtuel tentait de faire passer ses breloques à travers l'écran pour qu'elle les touche et fasse son choix. Quel désarrois dans son regard !!! 





Autour d’Oaxaca, se trouvent plusieurs sites archéologiques, comme Monte Alban ou Mitla. Ce dernier étant sur notre route vers le sud, nous décidons d'y faire une escale. Classé au Patrimoine mondial par l'Unesco, il conserve les ruines d'une ancienne cité mixtèque. Une église coloniale aux dômes peints en rouge trône au cœur de l'ancienne ville. Elle fut construite avec les pierres de certains édifices, afin d'affirmer la continuité du pouvoir tout en supprimant les symboles anciens. Les murs des bâtiments conservés sont ornés de bas-reliefs et de panneaux aux motifs géométriques, ces mêmes panneaux que l'on retrouve dans les tombes souterraines situées dans la cour sud. Il est possible d'y pénétrer, mais attention de bien baisser la tête et de s'armer d'une lampe de poche !!!
 
La région de Mitla est aussi spécialisée dans le tissage de la laine et du coton et Teotitlàn del Valle en est le haut lieu. Ici chaque maison possède son propre métier traditionnel. Déjà sous l'Empire aztèque, Teotitlàn était réputé pour son savoir-faire. C'est aussi ici qu'a lieu chaque année la danse de la Plume, qui commémore la bataille entre les indigènes et les troupes de Cortés.
 
 
Pour rejoindre la côte pacifique, nous passons par la Sierra de Villa Alta, une région très montagneuse, traversant des villages isolés où la vie ne doit pas être facile tous les jours. Les charrettes tirées par des bœufs remplacent bien souvent les voitures. Ici peu de taxis mais des tuc-tucs de toutes les couleurs et bien souvent on charge tout le monde à l'arrière des 4x4 pour les déplacements plus importants.




 

A cette étape de notre voyage, il aurait été plus judicieux de poursuivre vers le nord pour rejoindre la péninsule du Yucatan, alors pourquoi rejoindre le sud ??? Tout simplement parce que, nous avons pu voir sur les sites d'autres voyageurs, notamment celui de Nat et Jean  que la côte pacifique regorge de petits villages où il fait bon poser sa coquille, en particulier à Playa Zipolite du côté de Puerto Angel. Allez, on y va et on se repose deux ou trois jours !!! C'est sans compter sur la magie des lieux et les rencontres que l'on y fait. Pour nous cette petite pause durera 10 jours, lovés dans un hamac à l'ombre des palapas, à regarder les vagues du Pacifique. Zipolite, c'est le rendez-vous des babas de tous horizons, un peu d'herbe pour certains, la "nature attitude" pour d'autres, et pour nous le plaisir d'y rencontrer les 4 Mouss sur les routes du monde depuis plus de 2 ans, ou encore de retrouver Stéphanie et Mario, un couple suisse que nous avions croisés à Teotihuacan. Ce sera pour nous le bonheur de jouer aux grand-parents de voyage, dixit Gabin le benjamin de la tribu 4 Mouss, ou encore de papoter en dégustant un bon gateau confectionné spécialement pour satisfaire la gourmandise de nos amis suisses... et la nôtre bien entendu.



 



Mais voilà, tout a une fin, et pour nous il est temps de reprendre la route en direction de la péninsule du Yucatàn où nous attendent d'autres merveilles que sont les anciennes cités mayas. C'est à contre-coeur que nous quittons la côte Pacifique pour remonter vers le Golfe du Mexique. Pour en rajouter un peu à notre blues, le temps se dégrade rapidement. Tout d'abord ce sont des vents violents qui nous balayent entre Salina Cruz et La Ventana (qui porte bien son nom) puis nous subirons un véritable déluge jusqu'à Coatzacoalcos, ville côtière du Golfe du Mexique. Il n'y manque que les remparts pour se croire à Saint-Malo, un jour de grande marée.  





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