Les Missions Jésuites




du 25/09 au 03/10/18
9 jours - 940 km



Après les formalités de douanes à Caceres pour quitter le Brésil, nous passons en Bolivie en arrivons à San Matias. Nous essuyons notre première tentative d'extorsion de la part de la police qui nous réclame 100 Bls pour faire une autorisation de circuler avec notre propre véhicule !!! Nous savons que ce document est faux mais nous le voulons tout de même pour pouvoir circuler dans la région de Santa Cruz au cas où on rencontrerait d'autres policiers corrompus. Heureusement notre duo est bien rodé !!! Ils n'auront droit qu'à une super crise de larmes (de crocodiles) de la part de Nadine qui crie ses grands dieux qu'on arrive et  qu'on n'a pas d'espèces. Déstabilisés, ils n'auront pas d'autres choix que de nous faire les papiers gratis.

Du coup il est trop tard pour passer à la douane pour le permis d'importation et nous nous installons à côté de la place sous la bonne garde, totalement inutile de l'armée.

Le lendemain matin, le fameux sésame pour Frankiz en poche, nous prenons la route ou plutôt la piste qui mène à San Ignacio de Velasco. 300 km de piste de terre rouge qui rentre partout, c'est long et épuisant, surtout par 35° et un fort taux d'humidité. On sent bien que l'Amazonie est toute proche. Nous traversons de modestes villages de cahutes en adobe recouvertes de toits de feuilles de palmiers. Ici pas d'eau courante, ni d'électricité. Pas de porte non plus aux maisons, les gens vivent vraiment de peu de choses.




Si nous sommes entrés en Bolivie par cette région, c'est dans le but de partir à la découverte des principales Missions (ou “Reducciones”) de la Chiquitania, fondées par les Jésuites à la fin du XVIIème siècle. Elles conservent de cette époque leurs églises, véritables joyaux de l’architecture baroque (restaurées, voire pour certaines reconstruites), un urbanisme particulier, et des coutumes religieuses et folkloriques toujours vivaces.

Ici, comme dans la région de Moxos (Amazonie bolivienne) et au Paraguay, les missionnaires voulurent transformer en réalité une utopie : celle de la création sur terre de la “ville de Dieu”, et d’une évangélisation pacifique des populations indigènes. Et c’est patiemment qu’ils surent unifier, grâce à une religion, une langue (le Chiquitano) et des normes sociales communes, des Indiens de cultures différentes. Ces derniers, nomades jusqu’à l’implantation des Missions, furent non seulement initiés à l’agriculture, mais aussi à la peinture, la sculpture, la musique et la danse, tous arts pour lesquels ils démontrèrent une habilité et une capacité d’apprentissage spectaculaires.

​La réussite de cet ambitieux projet réside dans l’adhésion des Indiens au système qu’instaurèrent les Jésuites, système à la fois démocratique et humaniste. D’une part, si les Jésuites présidaient aux questions d’ordre matériel ou spirituel, les décisions internes étaient prises par un conseil municipal (Cabildo) constitué exclusivement d’indigènes. D’autre part, si la finalité principale des Reducciones était l’évangélisation, il s’agissait aussi de proposer aux Indiens des conditions de vie dignes. On retiendra notamment que les Missions offraient une réelle protection contre les marchands d’esclaves, que l’instruction des enfants était obligatoire et leur travail interdit.




On doit beaucoup au travail du jésuite suisse Martin Schmid (1694-1772), architecte et musicien-organiste qui fut le véritable créateur de la très belle architecture des « églises de mission » édifiées dans le style 'Baroque Métis.

​On a utilisé pour la construction de celles-ci des matériaux locaux, comme le bois. Les colonnes sont impressionnantes, et il y a de superbes autels de couleur dorée appelés Bañados de Oro; de plus les peintures sur les murs sont superbes. Enfin la sculpture des statues des saints a donné lieu à un art métis qui continue encore aujourd'hui dans des ateliers perpétuant la tradition ancestrale.






En 1767 le roi d'Espagne Charles III décida d'expulser les jésuites d'Espagne et des Amériques, car il ne supportait pas leurs critiques, mais aussi poussé par certains qui désiraient s'approprier en Amérique les richesses soi-disant cachées des Reducciones. Au Portugal, donc au Brésil voisin, le même drame se produisait, et cela causa des souffrances immenses aux populations amérindiennes protégées par eux, tant au Paraguay, qu'en Argentine et au Brésil ainsi qu'en Bolivie.

​Le remarquable travail des jésuites tomba à la merci des pillards et des profanateurs. La décadence fut immédiate pour beaucoup de missions surtout celles d'Argentine, du Paraguay et du Brésil. En Bolivie cependant, leur œuvre se maintint et se développa au fil des générations jusqu'actuellement. Les missions jésuites de Bolivie doivent surtout leur restauration à Hans Roth Merz. Cet architecte jésuite, qui en 1972, apprenant que l'église de San Javier va être restaurée, saisit l'occasion de de continuer l'œuvre de Martin Schmitt.







En 1991 la région fut déclarée Patrimoine Historique et Culturel de l'Humanité. À la suite de quoi, les autorités boliviennes et des organisations non-gouvernementales mirent en route un programme touristique dans la région, grâce au festival dit Música Renacentista y Barroca de Chiquitos, ce qui veut dire Musique Renaissance et Baroque de Chiquitanie. On peut dire aujourd'hui que la splendeur et la grandeur du travail des jésuites est sauvé et se maintiendra pour le plus grand profit des générations à venir.

En milieu d'après-midi, nous atteignons San Ignacio de Velasco. En tout premier lieu, nous partons à la recherche d'une banque qui accepte notre carte bancaire. Grâce à la gentillesse du vigile de la Banco Union, nous pouvons enfin retirer nos premiers bolivianos à la Banco Fie puis s'ensuit la recherche d'une carte sim (là c'est facile!!!). Après un tour autour de la Plaza, nous visitons la magnifique église, vestige du passage des jésuites dans la région en 1691. Puis nous trouvons un bivouac au calme dans une ruelle proche de la place. Si la Bolivie nous inquiétait un peu, nos peurs se sont vite envolées, vu l'accueil des boliviens. Si seulement les routes étaient aussi sympas que les habitants de ce pays, ce serait super. 




Nous passons la matinée à nous promener dans la ville et rencontrons Cécilia une jeune femme vivant à Santa Cruz qui se promène avec un bébé paresseux dans les bras. Elle nous explique l'avoir récupéré juste après que sa maman l'ait abandonné. En effet si le bébé se décroche et tombe, la maman ne redescend pas de l'arbre pour aller le chercher car cela lui demande trop d'efforts.






​Cécilia nous informe que ce week-end, c'est la fête de la mission à San Miguel de Velasco. Cela tombe bien c'est notre prochaine destination. Après déjeuner, nous reprenons la piste. Et, oui encore une !!! Seulement 35 km cette fois-ci. A notre arrivée, un orage violent éclate. Nous nous arrêtons juste à temps à côté de la place. La fête devait commencer ce soir, mais elle attendra demain. Une bonne chose, nous dormirons au calme, si les éclairs et le tonnerre veulent bien se montrer cléments.







​San Miguel de Velasco fut fondé par le père Felipe Suarez en 1721. La construction de l'église s'acheva en 1750 à l'initiative du père Johann Messner. Les trois retables, la chaire et les quatre confessionnaux furent l'œuvre de l'artiste Antinio de Rojas entre 1761 et 1767. C'est l'architecte Hans Roth qui se chargea de la restauration entre 1979 et 1983. Les murs d'adobe, certaines parties de la peinture murale, ainsi que la majeure partie du mobilier et des sculptures sont d'origine.

Le lendemain, il ne pleut plus mais le ciel reste chargé. Nous allons visiter l'église, puis manger dans une petite comida dans l'attente des festivités. Toujours rien !!! (Malheureusement, suite à une erreur de transfert, il ne nous reste que peu de photos de la visite.)

En début d'après-midi, on nous demande de nous déplacer et de nous garer dans une rue en pente. Difficile d'y rester dormir dans ces conditions. Du coup nous filons à San Rafael, car le temps est toujours couvert.





​​Les premières fondations de San Rafael de Chiquito, sur les rives du rio Jacopo sont l'œuvre du père Jose de Arce. L'église, édifiée en 1745 et 1749, est la première œuvre architecturale du père Martin Schmid dans les missions de Chiquitos. Elle se distingue des autres missions, par une galerie externe et un clocher en bois. L'intérieur est entièrement recouvert de mica. Les boiseries et les peintures murales, la sacristie et les retables sont d'origines.

Nous participons à la visite de l'église avec un groupe de touristes boliviens. Du coup ils nous invitent à poursuivre la visite  et profiter des explications de leur guide jusqu'à Santa Ana de Velasco.






Et nous voici toujours avec notre groupe pour la visite de Santa Ana de Velasco. Cette mission fut fondée en 1755 par le père Julian Knogler. La construction de l'église, le plus simple et le plus petit des temples chiquitanos, a été effectué par des indiens de chiquitos entre 1768 et 1831 après l'expulsion des jésuites. Une grande partie du toit et du sol sont d'orignie ; les colonnes sont des copies taillées par les locaux. Dans le coeur se trouve l'unique orgue conservé au sein de toute la Chiquitagna.







Après les explications du guide, nous avons le droit à un concert de musique classique. Et oui qui aurait cru que dans ce tout petit village il y ait une école de violons, violoncelles et contrebasses. 
Ceci n'est autre que la continuité de l'oeuvre du père Martin Schmid qui, excellent musicien et compositeur avant d’entrer dans l’ordre jésuite, s’engagea tout naturellement sur cette voie dans les réductions, enseignant aux Chiquitos à fabriquer des instruments de musiques (flutes, harpes, lyres, violons et même orgues) et leur apprenant à en jouer. Aujourd'hui encore, les musiciens fabriquent eux-mêmes leurs instruments.






​A la fin du concert, nous avons même droit à des chants folkloriques entamés par le groupe et les musiciens. Le guide, grand conteur, s'installera même devant l'antique orgue pour nous jouer des vieilles chansons françaises. Santa Anna est vraiment un coup de cœur pour nous ! La visite s'achève trop tard pour que nous reprenions la route. Nous quittons notre sympathique groupe et nous installons sous les arbres de la place pour bivouaquer.






La nuit fut des plus calmes pour notre plus grand bien !!! Nous partons flâner dans les ruelles, les maisons basses et colorées donnent un air apaisé à ce village d'à peines 600 âmes. Nous découvrons un petit musée regroupant quelques vestiges de la mission, que nous visitons. 





Après le déjeuner, le temps vire à l'orage, il est temps pour nous de repartir sur San Ignacio. Sur le GPS, nous voyons deux pistes possibles pour rejoindre la ville. Mais voilà nous prenons la pire des deux !!! Une piste qui rapidement se transforme en chemin où il est impossible de faire demi-tour. Il nous faudra 2h pour faire 45 km. Nous devrons refaire la route, improviser des passages parfois scabreux et il se met à tomber des cordes. C'est crottés mais entiers que nous atteindrons la ville. Du coup nous allons nous installer chez des particuliers qui accueillent les voyageurs pour nous offrir une douche bien méritée.







​Nous quittons Sans Ignacio en direction de Conception. Quel bonheur ! 180km de route asphaltée, une première depuis notre arrivée en Bolivie !!! Nous traversons des villages aux maisons bien spartiates où ici la vie se résume à l'essentiel. Arrivés à Conception, nous constatons que l'église et le musée sont fermés jusqu'à demain. Nous décidons de rester et de nous reposer un peu. Après un petit resto, nous nous installons à l'ombre pour trier nos photos. Le soir nous nous posons près de l'église pour la nuit avec la bénédiction du padre.





La mission de Conception fut fondée en 1709. Après sa création, le village fut sur le point de s'éteindre en raison de la résistance de certaines populations autochtones. Il fut finalement refondé en 1722 par le père Juan de Benavente. La superbe cathédrale richement décorée fut construite par le père Martin Schmid en 1752 et 1756. Sa reconstruction commença en 1975 grâce à Hans Roth.

Après la visite du musée, du cloître et de la cathédrale, nous allons visiter l'école de menuiserie créée par Hans Roth. On peut y voir comment les étudiants apprennent à restaurer et copier des oeuvres héritées de leurs ancêtres.



L'église avant sa restauration

​Le musée

​L'école

​Le cloître

.

Après la matinée à visiter la mission de Conception, nous partons pour San Javier, notre dernière mission. Totalement différente, beaucoup plus baroque c'est notre coup de cœur avec celle de Santa Ana. Nous restons le soir dormir devant l'église



.

La combinaison de l'art baroque avec l'art autochtone très dépouillé a créé de véritables entreprises d'art dans la zone. Cet art est encore embelli par le mélange des croyances, ce qui a donné comme résultat un art original et exquis, que l'on peut encore observer trois siècles après sa création.

Les règles de cette architecture ont été consignées sur le modèle de la mission San Javier, un schéma qui fut répété avec des variantes dans toutes les réductions missionnaires. Elle fut à la base d'un style particulier et aussi d'une organisation d'agencement des bâtiments des cités. Il s'agit d'une structure modulaire avec une vaste zone dans laquelle se concentraient l'église, les ateliers, les écoles et les habitations.





L'église est composée de trois nefs et a un toit fabriqué de bois simple soutenu par des piliers de grande beauté et fort imposants fabriqués avec du bois Cuchi ouvragé, et d'une grande résistance. Ces piliers et le toit constituent un système autonome en bois presque indépendant des murs.




​Le cloître



Nous appréhendions la route entre San Javier et Santa Cruz. Non qu'elle soit mauvaise mais surtout par la présence de policiers ripoux à plusieurs postes.  Mais la police a dû avoir de nouvelles consignes concernant les étrangers et nous n'avons que des sourires et de "Suerte, bon viaje". Nous arrivons dans la banlieue dans l'après-midi. Nous ne sommes pas ici pour visiter mais pour faire l'entretien de Frankiz et aussi faire fabriquer une plaque de protection sur l'échelle afin d'empêcher les gens de s'y agripper. Nous avons l'adresse d'un jeune passionné de courses de 4x4, qui travaille bien alors ... Vamos !!! 

Nous avons un super accueil de Fernando et de sa maman et le soir nous dinerons ensemble. Le travail va durer 2 jours et nous pendant ce temps-là nous allons travailler un peu sur le site.






Frankiz de nouveau opérationnel, nous quittons cette région de Santa Cruz qui nous a offert de belles découvertes et des moments forts sympathiques. Il est temps pour nous de poursuivre notre balade en Bolivie. Adieu les plaines, bonjour l'altitude !!! Vamos a Sucre !!!




La suite, c'est ICI !!!